Un film de Rolf de Heer - 2003 - Australie
Rolf de Heer, en voici un cinéaste qui mérite à être reconnu. Peut être certains d'entre vous le connaissent déjà, pour son film, le plus connu et même devenu culte "Bad Boy Bubby". Film charnière dans la carrière de ce cinéaste, puisqu'il remporte grâce à lui de nombreuses récompenses, notamment à la Mostra de Venise.
L'histoire de Rolf de Heer est assez particulière. C'est un cinéaste trouble-fait. Le genre de mec qu'on ignore et qui peut voler les récompenses des "grands". Ce fut le cas pour Bad Boy Bubby justement. Le cinéaste de l'ombre, mais qui pourtant, mérite bien plus que des yeux braqués sur lui. Il mérite que l'on s'attarde sur son travail, plus en détails.
Ici, on va parler de "Alexandra's Project". On parlera de "Bad Boy Bubby" dans une autre critique, ultérieure.
"Alexandra's Project" c'est un film à tout petit budget. Un huis clos terrifiant de malaise, surtout par son histoire troublante et inquiétante usant d'une toile de fond tellement ordinaire qu'elle en devient flippante.
Une simple histoire de couple. Un quotidien tranquille dans un quartier résidentiel australien. Lui est un homme de bureau qui gagne bien sa vie. Sa petite famille vit aisément, et n'a à priori aucune raison de changer de bord. Pourtant, la journée de Steve va bien vite se transformer en cauchemar. Lorsqu'il rentre chez lui, il pense retrouver sa maison, ses enfants, sa femme. Il ne va rester qu'une cassette vidéo et des décorations d'anniversaire. Il le fête aujourd'hui et croit d'abord à une surprise. La suite se révèlera monstrueuse...
L'intrigue de "Alexandra's Project" s'appuie sur des éléments Hitchockiens. Une vie ordinaire, un quotidien normal plongé du jour au lendemain dans la folie et des personnage sans aucuns troubles apparents.
Puis, aussi facilement la vie simpliste de chaque protagoniste est montrée, aussi facilement de manière subite et surprenante, elle change radicalement de direction. Alors, dès ce moment là, le film bascule. Un mélange subtil de paranoïa et de folie. Là ou l'on pense à une mauvaise blague au début, le doute d'une vraie terreur subsiste et finit par s'installer.
L'intelligence de la mise en scène, est d'accompagner le spectateur dans ce sentiment de surprise en permanence. Jamais on n'imagine à l'avance, l'explication raisonnée ou déraisonnée du comportement d'Alexandra dans la vidéo. Et lorsque l'on croît savoir pourquoi, ou lorsque l'on pense avoir trouver une raison, le cinéaste créé une nouvelle surprise.
Cet abandon des codes narratifs habituels, renvoie selon moi aux meilleurs huis clos de ces dernières années au cinéma. Il y'a une oppression aussi forte que celle de "Misery" par exemple. Même si le contexte est ici totalement différent.
Preuve évidente du talent de Rolf de Heer, l'utilisation de la distanciation pour montrer la violence ou le sexe.
Tout se passe à travers un écran de télévision. Il y'a une référence à l'observation, voire au voyeurisme. D'ailleurs la scène ou Steve se masturbe, montre à quel point l'observation est ici pointée du doigt.
Elle n'est plus simplement désignée comme simple oeil de quelqu'un sur quelque chose, mais agit comme vecteur à toute la narration. Toute la plongée dans la folie émane de ce que Steve voit à l'écran. Exactement en même temps que le spectateur. Il peut donc réagir de la même façon. La narration emprunte l'idée du film dans le film. Le cadrage et la mise en scène d'apporter ensuite une dimension oppressante à l'oeuvre de Rolf de Heer.
En somme, ce produit né de l'indépendantiste cinéma australien est une douce et exquise douche froide. Une oeuvre à l'ambiance Hitchcockienne, empruntant tout des grands films à suspense.
Une intrigue née d'un basculement de la normalité à la terreur, de la simplicité à la complexité, et du bonheur à la destruction. Belle initiative d'un maître du suspense contemporain.

